JOUR 2 : QI saison 2 par MANUEL RAYNAUD

Bon, alors, pour tout vous dire, ce festival est épuisant. Et ça fait seulement deux jours que j’y suis. Je ne sais pas si la fatigue peut-être qualifiable, du genre « je suis heureux d’être fatigué » ou « je suis fatigué d’être heureux » (y a-t-il plus blasé qu’un homme heureux ET blasé de l’être ? Vous avez une heure…). Mais ce qui est intéressant, c’est qu’il s’agit d’une fatigue positive. Enfin je crois. Oui, parce que je n’ai pas les idées tout à fait claires – ça n’a pas du trop vous échapper – surtout quand il s’agit de découvrir une version argentine scénaristiquement épileptique de la guerre des Malouines.

En revanche, je me rappelle très lucidement d’une chose : les trois premiers épisodes de la saison 2 de QI sont mortels. J’avais pris quelques notes une fois la séance achevée mais comme j’aime le risque d’écrire une chronique à 1 heure du matin pour honorer ma promesse d’écrire sur ce blog, je vais tenter de vous donner un aperçu en faisant confiance à mes souvenirs. Ce qui revient, en gros, à regarder Joséphine, ange gardien complètement défoncé : même dans cet état, c’est un acte qui ne rend pas l’humanité meilleure. Et ne contestez pas mon point de vue car c’est Jean Rochefort qui l’a dit.

Mais avant, histoire d’introduire subtilement le sujet, je vais revenir sur ma première fois avec QI. J’avais acheté la saison 1 en DVD de manière pas mal hasardeuse et un peu aussi parce que cette histoire d’une pornstar qui abandonne sa carrière pour se lancer dans la philosophie avait eu quelques bons retours. Pourtant, j’ai mis du genre 3 mois à ouvrir le blister du coffret édité roumainement par France Télévision Distribution et, 3 heures plus tard, j’avais regardé les 8 épisodes de la saison 1. Le sentiment était plus que positif : j’y avais retenu, certes, de grosses lacunes dans la qualité de production, mais surtout un foisonnement créatif assez unique. Pour une fois, une série française ne passait absolument pas à côté de son sujet et ses créateurs lui rentraient dans le lard comme il se devait. Cet investissement s’appuyait, paradoxalement, sur la finesse d’un personnage féminin (Candice Doll) à la naïveté quasi-théoriquement pure alors qu’elle a longtemps été souillée par les verges (en chair ou en plastique, d’ailleurs…) webgéniques du monde pornographique.

Candice Doll étant un personnage totalement naïf MAIS totalement curieux, je suis d’ailleurs surtout rentré dans son jeu dès lors que les scènes avec son professeur de philo se sont multipliées, au bout de quelques épisodes. L’éveil de ce personnage rayonnait ainsi en moi alors que la série ne prétend ceci dit pas du tout être un cours de philosophie. C’est surtout la bienveillance des créateurs à l’égard de Candice, sans jugement, qui m’a permis d’adhérer complètement à cette création.

QI

Pourtant, tout ce que je viens d’écrire, j’aurais probablement été incapable de l’expliquer avant de voir ce début de saison 2, qui a été pour moi une révélation. Outre le fait que les acteurs et les dialogues étaient impeccables, du premier au dernier rôle (y compris le nouveau mais non moins excellent voisin de Candice, version très bien francisée d’un geek astro-physicien), je me suis rendu compte d’une chose à propos de QI : son concept. Pour faire simple, c’est La philosophie pour Les Nuls en saison 1 et La Religion Catholique pour Les Nuls en saison 2, le tout au travers du regard d’une ancienne star du porno. Ce dernier aspect offre ce qu’il faut de blagues potaches, nécessaires chez moi au déclenchement du même rire gras que me provoquera un bon épisode d’How Not To Live Your Life. Mais, dans un second temps, le thème abordé dans la saison (ah, la religion, quelque chose qui m’est particulièrement cher…) permet l’éveil de ce rire gras vers quelque chose de plus gracieux et même de plus poétique.

QI, c’est un récit initiatique à la forme finalement plutôt classique si l’on parvient à dépasser ses contours faussement sulfureux et qui, dans le fond, s’avère de plus en plus barré. Car en même temps que l’on assiste au développement intellectuel de Candice, on suit également, plus subtilement – même s’il est très radical parfois – l’éveil des créateurs de la série qui prennent, petit à petit, toute la mesure du potentiel de ce personnage, de cette poupée russe.

A la base, j’étais censé parler de la politique de fiction d’OCS. Mais je crois qu’il n’y avait pas meilleur exemple que QI pour expliquer tout l’intérêt de cet investissement éditorial : car en plus de déchirer, ça ne coûte pas cher, dans les 70 000 euros par épisode – en gros, 50 000 d’Orange, 20 000 du CNC (OUI, OKAY, LA, J’AI DU REPLONGER DANS MES NOTES !). Ayant récemment réalisé un dossier sur la diversité de la fiction française à travers le prisme de la diversité des types de séries et de ses formats (disponible ici et ici), QI est le meilleur contre-exemple possible de cette étude et, par incidence, le meilleur exemple à suivre pour la télévision française. Quand on pense que NRJ12 commande Les Anges de la Télé-Réalité alors qu’elle pourrait vraisemblablement enterrer la TNT avec une fiction typée BBC Three comme l’est QI – ne parlons pas de France 4 qui est en mode stand-by actuellement… -, on a encore de quoi se taper la tête contre une armoire.

Pour information, OCS revendique aujourd’hui 1 million d’abonnés. A titre de comparaison, Canal+ en est à légèrement plus de 5 millions – mais, me souffle-t-on dans l’oreillette, ils en perdent… Enfin, dernier détail confié par son producteur, il est tout à fait possible que QI, après avoir été diffusée sur Jimmy, fasse son apparition sur une chaîne de la TNT gratuite en troisième diffusion. Les discussions sont en cours.

À lire aussi : l’interview de Boris Duchesnay, directeur des programmes d’OCS, réalisée il y a deux jours à Séries Mania

Manuel Raynaud
Dimension Séries

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