JOUR 7 : BURNING BUSH PAR LL

On sait assez peu de choses sur Burning Bush, quand on entre dans la salle. On sait qu’elle est tchèque, que c’est l’oeuvre de HBO Europe et de la réalisatrice polonaise Agnieszka Holland (pour info, elle s’est notamment illustrée pour les séries Treme, The Wire et The Killing). En tout cas, moi, à part le fait que ce soit une mini série en 3 partie d’1h24 chacune, je ne sais rien du tout. C’est François-Pier Pelinar-Lambert qui nous la présente, car c’est lui aussi qui conduira le débat qui suivra entre elle et le public. Elle s’exprime dans un français très correct et nous raconte la genèse du projet et comment c’en est venu à être un business familial (la musique de The Deep End, projeté jeudi, a été faite par son neveu et c’est sa fille, Katarzyna Adamik, qui s’est occupée de réaliser le deuxième épisode de Burning Bush). Dans la lignée des petites anecdotes, sachez qu’Agnieszka était étudiante à Prague à la même période que les évènements de la mini-série, elle était donc ravie qu’on lui amène le projet. Après quelques petits soucis techniques sonores, l’épisode 1 est enfin lancé.

Résumé : La révolution gronde à Prague depuis que les Russes occupent la Tchécoslovaquie. Lorsque Jan Palak, un étudiant, s’immole pour faire entendre la voix des tchèques, le mouvement s’amplifie.

Cette première partie s’attache à nous montrer, dès les premières minutes, l’immolation de Palak, un étudiant que l’on ne verra qu’en photo pendant tout l’épisode et qui devient progressivement le symbole de la révolution. Nous suivons ensuite plusieurs personnages que ce geste, choque, touche et transforme : Le frère et la mère de Jan, Onjek, chef du mouvement révolutionnaire étudiant, un policier et Dagmar, une avocate. Les Palak vont devoir assimiler la nouvelle mais tenteront de garder le geste de leur fils comme un acte courageux pour leur pays, l’inspecteur Jires doit faire aux enjeux politiques qu’implique cet acte, Ondrej y voit l’occasion de soulever toute une population et Dagmar est témoin des différents changements de mentalité avant d’être impliqué plus directement à la fin de l’épisode. 4 points de vue différents, 4 points de vue intéressants.

Les Palak représentent la population tchèque, celle qui subit silencieusement la présence russe. Devant la mort de leur fils et frère, afin de ne pas rendre cette action inutile, ils continuent le travail de Jan en véhiculant la portée symbolique de son geste. Deux personnages brisés par leur perte auquel nous nous identifions très rapidement. La recherche par Jiri de sa mère Libuse, afin de lui apprendre la nouvelle du décès de sa bouche, est longue mais tellement lourde de sens et pleine d’émotion. Grosse mention à Jaroslava Pokornà qui joue une mère déchirante et endeuillée. La dame prend toute sa dimension lors de sa requête de procès auprès de Dagmar afin de réhabiliter le nom de son fils qu’un politique a souillé. Ondrej (aux faux airs de Gaël Garcia Bernal), lui, voit dans ce geste fort un début de rébellion que son mouvement doit absolument suivre. Malheureusement, le pouvoir politique en place ne l’entend pas de cette oreille et étouffera vite la rébellion dans l’oeuf en faisant passer le message que Jan regrette son geste (autant pour le symbolisme). Dagmar est un peu comme les Palak. Révoltée intérieurement par l’occupation russe, elle assiste aux différents mouvements révolutionnaires à travers Onjek, qu’elle connaît, et les évènements de rue quotidiens. A la fin de l’épisode, les Palak viennent donc la voir afin d’être représentés dans un procès qu’ils souhaitent mener pour réhabiliter le nom de Jan qu’un politique a sali, en qualifiant sa mort d’ « accident ». Enfin, Jires doit faire face à ses supérieurs et aux enjeux politiques qui sont nés avec cet incident. Les Russes n’attendent qu’un faux pas de la part des tchèques pour renverser le gouvernement en place et instaurer le leur. Il devient donc urgent de trouver le groupe de Jan, prêts à s’immoler également.

Burning Bush, en plus d’avoir une superbe réalisation et des acteurs talentueux, est très bien construit. Le quotidien bouleversé est montré à petit pas (quand on y réfléchit, l’épisode 1 d’1h24 se résume par la mort de Jan, son enterrement, et la demande de procès des Palak) mais chaque scène a son importance dans l’histoire et surtout pour expliquer les motivations des personnages. Ainsi, la simple phrase de Libuse à la fin de l’épisode résume toute l’importance que doit avoir le geste de Jan à ses yeux ainsi qu’à ceux de Dagmar. Très important et très malin de nous avoir expliqué aussi la situation tordue dans laquelle se trouve la police tchèque et pourquoi elle doit absolument mettre la main sur les coupables pour éviter tout manichéisme. Enfin, Onjek représente un pendant étudiant qui n’est pas sans nous rappeler beaucoup de mouvements sociaux initiés dans plusieurs pays. Actif, énergique, obstiné et définitivement malin, nul doute que son mouvement prendra de l’ampleur dans les épisodes à venir.

Burning Bush est dense. C’est long, mais il y a beaucoup de choses à regarder. La caméra est un oeil, un témoin qui nous permet d’observer et de comprendre ce qui se passe, images d’archives à l’appui pour appuyer sur le côté icônique de la mort de Jan. Il apparaît clairement que la mini-série a été pensée comme un film plutôt qu’une série en 3 parties. Si la sérievore que je suis en est un peu attristée, Burning Bush reste la représentation d’un témoignage d’une époque sombre d’un pays. Inspirée d’une histoire vraie, il est également difficile de ne pas la penser comme la résonance des printemps arabes, démarrés de la même manière.

En résumé, ce premier épisode est une excellente introduction à un contexte politique que l’on connaît mal. Tragique, sombre mais à la fois porteur d’espoir par le geste de Jan qui éveille les consciences, Burning Bush 1er épisode apparaît comme une oeuvre maîtrisée, complète mais aussi garante des mémoires collective. Un beau témoignage !

LL

onfaitlebilan.fr

Publicités