RETOUR SUR… L’HOMOSEXUALITÉ DANS LES SÉRIES

Signe que les séries télévisées reflètent plutôt bien la société et ses évolutions, pas moins de cinq séries présentées la semaine dernière à Séries Mania évoquaient le sujet de l’homosexualité – de manière plus ou moins large.

Dans Odysseus, la prochaine série très attendue d’ARTE, l’homosexualité est normalisée et acceptée dans la société grecque antique. Léocrite, un des prétendants, veut épouser Pénélope pour s’emparer du trône d’Ithaque mais ne se cache pas d’entretenir une liaison en parallèle avec Liodès, le célèbre guerrier tout en muscles. Ici, l’homosexualité n’est pas le sujet, mais fait partie du contexte historique – et prétexte aussi à la série de dénuder généreusement les corps des comédiens masculins.

Odysseus

Liodès (Ugo Venel) dans Odysseus

Dans la Suède des années 80, l’homosexualité est une maladie honteuse qu’il faut guérir. Rasmus, le héros flamboyant de Don’t ever wipe tears without gloves, quitte la campagne de ses parents dès son diplôme en poche pour vivre pleinement son homosexualité à la capitale. Benjamin, lui, est témoin de Jéhovah, et dans sa famille l’homosexualité est considérée comme une hérésie. Leur rencontre, dans des endroits clandestins de la capitale suédoise, va donner lieu à une belle histoire d’amour secrète. C’est dans ce contexte que débarque les débuts du SIDA, vus par certains médias comme une « punition divine » s’abattant sur les homosexuels…

Adaptée d’une histoire vraie, Don’t ever wipe tears without gloves est une œuvre de télévision majeure, dont on suit la tragique destinée des personnages sur une dizaine d’années, parmi l’hécatombe du SIDA des années 80.

Après la discrimination vient l’émancipation. Comme Girls mais dans une version masculine (et peut-être moins complaisante), Please like me est une autofiction désopilante centrée sur Josh (personnage, acteur, créateur et producteur de la série) dont la petite amie lui révèle son homosexualité au moment de rompre avec lui. Le ton est donné dès cette scène d’exposition du pilote ; la série ne s’empêche pas de traiter les différentes situations obligées découlant de ce coming out (le premier baiser avec un garçon, l’aveu aux parents, la vieille tante homophobe mais pas trop, etc), mais toujours avec le grain de folie légère qui fait l’originalité de la série.

Mom and Dads

Mom and Dads

Enfin, Mom and Dads et The New Normal étaient toutes deux diffusées ensemble à l’occasion d’une soirée sur l’homoparentalité très attendue. Mom and Dads est une série israélienne, sur le modèle de Threesome, série anglaise diffusée en 2012 à Séries Mania : un couple gay et une mère célibataire décident de faire un enfant à trois et d’élever l’enfant ensemble. Mom and Dads démarre directement à l’hôpital avec l’accouchement et les « complications » qui s’ensuivent quand il s’agit d’expérimenter ce nouveau triangle. Qui déclarer à l’état civil comme père de l’enfant : le père biologique ou celui qui est le plus impliqué ? La série pose les bonnes questions tout en gardant un humour caustique salutaire, à la manière des films d’Eytan Fox, créateur de la série Mary Lou (Séries Mania 2011), et dont le créateur de la série, Avner Bernheimer a d’ailleurs signé le scénario de son film Yossi & Jagger qui évoquait les amours clandestines de deux soldats israéliens.

L’histoire de The New Normal se place elle plus tôt dans la chronologie : le pilote relate la recherche, puis la rencontre entre le couple et la mère porteuse. Le business que représentent d’ailleurs les mères porteuses aux Etats-Unis est abordé en filigrane dans les premiers épisodes, mais de manière anecdotique. On peut regretter que certains personnages soient trop caricaturaux pour sonner « vrai ».

De l’Antiquité grecque (Odysseus) à l’homoparentalité (Mom and Dads, The New Normal) en passant par la discrimination (Don’t ever wipe tears without gloves) et le coming out (Please like me), quasiment tous les sujets pouvant être liés à l’homosexualité étaient représentés. Sans tomber dans la série « à message »,  chacune d’entre elles raconte également autre chose en parallèle (histoire d’amour, indépendance, conquête du pouvoir…)

France, Suède, Australie, Israël et Etats-Unis : à travers ce petit tour du monde des séries, un large panorama de l’homosexualité dans les séries a été montré aux festivaliers de Séries Mania. Preuve (s’il en fallait encore une) que les séries télévisées s’emparent et devancent même parfois les débats sociétaux. Il ne nous reste plus qu’à espérer qu’en 2014, on verra enfin des séries mettant en scène des couples lesbiens.

Oriane Hurard

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